Compte-rendu numéro 7 de la Carte blanche à...
TRIBU, Alain Bornarel et Edith Akiki « Vers une exigence environnementale »
Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »
10 avril 2008
La démarche environnementale, ça ne se voit pas. Notre hypothèse, c’est qu’en matière de développement durable, il ne faut pas faire de petit pas, seuls les grands bonds rapportent gros. Un grand pas, par exemple, c’est de supprimer la climatisation, même si cela pose le problème de standard de confort. Un facteur encourageant, c’est qu’il est plus facile de communiquer sur un bâtiment vertueux que sur un bâtiment ordinaire.
Après des années de frilosité, on agit dans l’urgence et l’accélération des exigences est un mal nécessaire. Cependant il faut être vigilant et ambitieux. En effet, le risque est grand de construire des bâtiments BBC (bâtiment basse consommation) qui seront obsolètes dès leur mise en fonctionnement.
Par exemple, il y a 8 ans sur un bâtiment, on a tout fait comme il faut, isolation par l’extérieur, poutres froides, vitrages très performants etc. On va livrer bientôt la deuxième tranche. Et pourtant si on regarde les consommations de la première tranche, on a honte, on n’a pas été assez ambitieux.
Le développement durable, c’est une énergie chère et rare, mais c’est aussi la question des déplacements. C’est aussi une question de volonté politique. Le coût d’une ½ place de parking par logement correspond au (sur)coût d’un logement passif !
L’énergie grise est également un paramètre important : pour un immeuble de bureau, des menuiseries extérieurs en bois correspondent à un mois de consommation énergétique du bâtiment, en menuiseries aluminium, c’est trois ans ! Quelquefois nous regrettons certains de nos choix !
Le développement durable, c’est aussi la maîtrise de l’eau, l’air, la biodiversité, la qualité des ambiances etc.
Entre réglementation et enjeux fondamentaux
On a quelques difficultés avec la RT 2005, qui nous amène par exemple à 16 % de surfaces vitrées, ce qui ne suffit pas toujours pour les apports solaires et la lumière, on n’a pas toujours une façade exposée au Sud.
Faire de la basse consommation d’énergie ce n’est pas faire des boites qui ne consomment pas… c’est avant tout concevoir des lieux de vie.
Il faut combiner de façon intelligente l’ensemble des questions et revenir aux enjeux fondamentaux.
La première chose, c’est de réduire les besoins : faire fonctionner le bâtiment en puisant ses ressources à l’extérieur et en ce fermant à tout ce qui peut nuire dans cet environnement, cela revient à la bioclimatique des années 70 mais la démarche va plus loin aujourd’hui, au-delà d’une simple gestion des apports solaires. Il y a aussi le vent, l’accès à la fraîcheur de la nuit, des sols, la protection du soleil etc.
La deuxième chose, c’est l’enveloppe qui joue un rôle majeur, elle s’ouvre (et se ferme ) à certaines heures, jours, saisons, à la lumière, l’air et au soleil. C’est un filtre dynamique.
Et c’est autour de cette enveloppe que se rencontrent l’architecte et ses bureaux d’études.
Des exemples qui tracent une voie nouvelle
Alain Bornarel prend l’exemple de la Maison de la région Alsace de Chaix et Morel pour illustrer cette synthèse entre l’architecture et l’approche bioclimatique.
Une parcelle difficile par rapport à l’orientation, les bureaux qui doivent bénéficier de lumière naturelle, la solution : percer cette parcelle de patios pour retrouver les orientations intéressantes, utiliser une vaste ombrière pour se protéger du soleil, découper une trame urbaine et une trame climatique.
Une autre illustration, le lycée Jean Jaurès en Languedoc Roussillon, architectes P. Tourre et S. Gaudris:
La demande de lumière naturelle est très basse ici. Le programme a été bien travaillé avec le site et le climat. La question est de gérer l’ensoleillement pour un bon confort d’été, avec une casquette et des étagères à lumière qui renvoient la lumière au fond des pièces. L’autre chose importante c’est la ventilation naturelle assistée et contrôlée. Réduire le tirage thermique en hiver et augmenter la ventilation en été. Un dispositif simple et pourtant extrêmement compliqué à réaliser : Pour ce lycée, nos bouches de ventilation viennent d’Australie par bateau ! Et on trouve difficilement des BET fluides.
Enfin, la ventilation naturelle impose des contraintes architecturales et nécessite une étroite collaboration, un dialogue constant entre l’architecte et ses BET.
Un autre exemple, c’est la maison du parc écologique Izadian, de Philippe Madec.
Un bâtiment entièrement en bois. Un bon matériau si on l’analyse selon son impact sur l’effet de serre, les économies de ressources non renouvelables, le devenir en fin de vie, l’impact sur l’économie forestière.
Des tours « écologiques » ?
Avec Hypergreen de J. Ferrier
Nous pouvons nous poser la question : les tours sont-elles « développement durable » ou non ? Les points de vues sont divers. Nous pensons que c’est une réponse pertinente à l’étalement urbain, une manière de créer de la densité à condition de faire de la mixité fonctionnelle. Comment favoriser de la rencontre et de la vie urbaine dans un système verticale ? Il faut réfléchir à cela.
L’approche bioclimatique des tours, c’est une réalité : la forme ovoide optimise l’éclairement naturel pour les bureaux, avec la hauteur, on met en bas les locaux qui ne craignent pas la pollution et le bruit et en haut, on bénéficie du vent. On fait de la ventilation naturelle dans les tours.
Un autre exemple, de logements à Fontenay,Chantalat et Liuchi, architectes.
Ils sont traversants pour gérer le confort d’été. L’isolation extérieure a été difficile à mettre en œuvre.
Les hauts de Feuilly, architecte T. Roche
Ce sont des maisons passives en tissu dense. Elles posent la question de l’industrialisation. Pour réduire les coûts, une certaine forme d’industrialisation est nécessaire avec une préfabrication en usine de modules.
Tribu présente ensuite plusieurs programmes de bureaux, en cours ou en projets.
Quand on vise 50 KWh/an/m2, comment calculer ? Avec quels usages (ceux de la RT 2005 ? ) Si on tient compte de tous les usages on arrive au double. Comment utilise-t-on la RT 2005 dans le cas de bureaux occupés 24 H / 24 ? Comment se débrouille-t-on avec la présence de serveurs informatiques qui dégagent 700 w /m2 et qu’il faut climatiser ? Que prendre en compte ?
Il faut remettre en cause un paquet de standards. Des bureaux de 18 mètres de profondeur où 1/3 de la surface n’a jamais accès à la lumière naturelle, la trame de 1,35 qui n’est pas la meilleure réponse face à la flexibilité.
Un bâtiment tertiaire à énergie zéro c’est quoi ? Pour nous, il doit produire autant que ce qu’il consomme, tous usages confondus. En gros, c’est deux fois ce qu’impose la réglementation (de 50 à 100)
On prévoit de la ventilation double flux pour l’hiver, de la ventilation naturelle avec une grande ouverture la nuit, pour l’été, pas de faux plafonds, et un brasseur d’air, des protections solaires et des panneaux photovoltaïques.
Tout un débat actuel autour du PV intégré à l’architecture et racheté 57 centimes, et les bons vieux panneaux PV inclinés plus efficaces mais racheté 30 centimes !
Un dernier exemple avec l’école à énergie zéro de Limeil Brévannes architectes L et S Goldstein.
Un projet construit, en fonctionnement aujourd’hui. On y retrouve les mêmes principes que dans le tertiaire, avec des ventilations naturelles mais ici de grandes surfaces vitrées.
Au travers de ces réalisations, Tribu, pionnier de la démarche environnementale, a montré l’importance d’un dialogue constant avec les architectes, et a démontré que des contraintes climatiques peuvent enrichir l’architecture.
Compte-rendu établi par Flora Genel
www.archinov.com
