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Des ateliers d’écriture pour écrire la ville

28 avr

 

Capter la singularité d’une ville et impliquer positivement ses acteurs n’est pas toujours chose aisée. Chacun a sa vision, son discours et n’en démord pas. Pour s’extraire de ces jeux de rôle, rien de mieux qu’un détour par l’écriture qui permet de déplacer les enjeux, de libérer les imaginaires et de fédérer un groupe hétérogène autour de nouvelles visions de la cité.

Récit d’une expérience d’ateliers d’écriture « partager ma ville » avec les agents d’une municipalité de 50 000 habitants…

 

« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre. » Les Villes invisibles. Italo Calvino.

Un article de Claire Didier et Elisabeth Pélegrin-Genel publié par l’observatoire innovation locale de la FondationJean Jaurès

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http://www.jean-jaures.org/Publications/Notes/Des-ateliers-d-ecriture-pour-ecrire-la-ville

Chronique Japonaise: l’Adressage

2 mar

Avoir une adresse, quoi de plus normal ? Je ne m’étais jamais vraiment posée de questions sur « l’adresse » avant d’intégrer le bureau d’études pour lequel je travaille et qui intervient sur de nombreux projets d’adressage, notamment en Afrique Subsaharienne. Car c’est un fait : de nombreuses villes dans ces pays dits « du Sud » connaissent une croissance urbaine très forte, croissance qui n’a bien souvent été suivie ni par un développement adéquat d’équipements, ni par une mise à jour des registres d’identification des rues dans ces nouveaux quartiers émergeants à toute vitesse. Or, avoir une adresse a des fonctions multiples, qui vont bien au delà de la réception du courrier : avoir une adresse, c’est permettre aux services d’urgence (pompiers, ambulances) d’intervenir, améliorer la fiscalité locale ou encore mieux programmer et maintenir les différents réseaux et équipements.

Il existe différents systèmes d’adressage, porteurs de logiques et avantages propres. Le système séquentiel (à la Française), les systèmes métriques et décamétriques (les numéros sont donnés en fonction de la distance entre la porte de l’habitation et le début de la rue) sont les plus courants. Mais quelle fut ma surprise en découvrant – les yeux rivés sur mon Lonely Planet et évidemment complètement perdue – le système d’addressage Japonais (le plus commun tout du moins), suffisament complexe pour que les Japonais eux-mêmes se perdent!

Il m’a tout d’abord fallu un peu de temps pour réaliser que la numérotation était assignée en fonction de l’îlot et non par rapport à un positionnement donné dans la rue. Celles-ci n’ont d’ailleurs n’ont pas de noms, mis à part les axes majeurs! Un peu déroutant quand chez nous la moindre impasse, chemin ou lieu-dit porte un nom qui lui est propre… L’adresse, une fois écrite, va du plus général au plus spécifique : le nom de la préfecture est suivi par celui de la municipalité et du quartier dans lesquels se trouvent le bâtiment. Puis des numéros indiquent tout d’abord le district dans lequel se trouve le bâtiment, son îlot et enfin le numéro du bâtiment lui-même. Logique. Mais le tout devient plus compliqué quand on sait que deux bâtiments mitoyens peuvent très bien avoir des numéros qui ne se suivent pas : les numéros du districts et de l’îlot sont assignés en fonction de leur proximité au centre de la municipalité, et la bâtiment est numéroté en fonction… de sa date de construction !

Ceci m’a valu – jusqu’à temps de percer le mystère et pour mon plus grand bonheur – de souvent découvrir ces quartiers sans vraiment savoir où j’allais, mais également de m’interroger sur l’espace dans lequel j’évoluais, ses logiques de fonctionnement. Verdict : une adresse, une façon de voir la ville et… beaucoup de questions !

Margaux Salmon

Plusieurs générations sous le même toit ? De nouvelles communautés (Publié par le Huffington Post)

23 fév

Les appartements n’abritent plus majoritairement une « famille moyenne », à savoir un couple et deux enfants… Divorce, allongement de la durée de vie et difficultés économiques bouleversent la donne. Désormais on partage de plus en plus son logement avec d’autres, par nécessité plus que par choix.

Et ce n’est pas une histoire de nostalgie. Personne ne regrette l’organisation familiale traditionnelle qui réunissait autour d’une même table trois ou quatre générations à la campagne. Les jeunes prenaient soin des ainés, avant de devenir vieux à leur tour et d’être pris en charge par leurs enfants ou petits-enfants. Les appartements communautaires du monde communiste ne font plus rêver depuis longtemps. L’idéologie née en Mai 68 semble vraiment très loin et quasiment exotique. C’est plutôt la précarité sous toutes ses formes (économique, sociale, énergétique) qui pousse à inventer d’autres solutions et à promouvoir de nouvelles mutualisations : On habite ensemble parce que seul, cela revient trop cher.

Ainsi la colocation n’est plus réservée aux années estudiantines, elle concerne aussi les familles monoparentales et les jeunes retraités dont les revenus ont fondu. L’idée n’est pas de vivre ensemble une aventure extraordinaire mais de partager confortablement un logement, avec le plus d’autonomie possible. Simplement ce dernier n’a pratiquement jamais été conçu pour abriter quatre ou cinq adultes et quelques enfants. Ainsi une personne âgée a besoin d’une salle d’eau privative contigüe à sa chambre, une famille monoparentale partagera plus facilement une salle de bains mais préférera avoir un réfrigérateur individuel : la cuisine sera-t-elle assez grande pour en abriter deux ou trois ?

Dix logements intergénérationnels ont été inaugurés en décembre dernier rue de Chabrol à Paris. La propriétaire Mme Lorenzatti avait déjà aménagé, en 2010, deux grands appartements destinés à la colocation pour des personnes précaires. Dans le même esprit, elle construit au fond de la parcelle un petit immeuble « communautaire ». Chaque famille a son appartement et bénéficie d’un rez-de-chaussée commun avec cuisine, salle à manger et buanderie collective. Le bail d’un an est renouvelable deux fois mais les plus âgés peuvent rester. Pour cette réalisation, elle crée le fonds de dotation « Deux mains plus humain », maître d’ouvrage du projet et travaille avec l’association Habitat et Humanisme. Le montage de l’opération est compliqué, elle rencontre l’hostilité de plusieurs voisins qui déposeront des recours contre le permis de construire. « La formule est parfaite pour des personnes ayant besoin de retrouver leur autonomie tout en étant soutenues, ou pour d’autres cherchant de la compagnie » explique cette propriétaire pas comme les autres. On aimerait que son expérience soit largement copiée … Elle reste pourtant isolée.

Dans trente-cinq ans, un français sur trois sera à la retraite et il y aura 4,8 millions de plus de 85 ans. Actuellement, 92 % des 80-84 ans vivent chez eux, 84 % des 85-89 ans, 71 % des 90- 94 ans, pas toujours dans de bonnes conditions, faute de logements, notamment de salles d’eau, adaptés. Limiter la perte d’autonomie des personnes âgées est un enjeu de santé publique. Personne n’entrant de gaîté de coeur dans une maison de retraite, il est urgent de s’organiser.

Avoir des appartements adaptés au vieillissement, situés à proximité de commerces, pharmacie et maison médicale est un premier pas. C’est la garantie de pouvoir aller et venir longtemps et peut-être de lutter contre la solitude. Quand on bénéficie d’un grand logement, on peut le partager avec un étudiant. Sa présence est rassurante pour la personne seule. La formule se développe rapidement dans les grandes villes par le biais d’associations dynamiques. Certains promoteurs proposent dans un même programme des typologies diverses pour accueillir des personnes âgées, des familles et de jeunes actifs. On a constaté qu’il est plus facile de faire cohabiter et de favoriser l’entraide entre des personnes sans lien de sang entre elles. On butte encore sur la notion de services. Confondre relations de bon voisinage et prise en charge lourde (toilette, assistance médicale, gros ménage) conduit rapidement à une impasse.

D’autres retroussent leurs manches et cherchent à inventer collectivement d’autres modes de vie. Au Moyen-Age, les béguinages, par exemple, offraient un lieu aux femmes restées seules quand leurs maris partaient faire les croisades et ne revenaient pas toujours. Né en Belgique, cette organisation essaime, entre 1200 et 1400 aux Pays-Bas, en France, en Italie, et Pologne. 600 béguines ont subsisté jusqu’en 1960 en Belgique.

L’aspect spirituel est revendiqué par des femmes qui souhaitent vivre leur foi et ne trouvent pas leur place dans l’institution de l’Eglise. Autonomes et solidaires, actives et contemplatives, elles sont indépendantes de tout ordre religieux et refusent une existence cloitrée. Provisoirement célibataires mais mariées, elles veulent vivre sobrement de leur travail. Elles inventent alors le béguinage, un havre de paix sans enfants en bas âge ni animaux bruyants. Elles portent l’habit noir et blanc des béguines. Chacune loue une maisonnette sur la cour commune et utilise la maison communautaire. En 1995, des séniors belges désireux de vieillir autrement le réinterprètent. Le béguinage instaure un véritable art de vivre ensemble ou un art d’habiter chez soi sans exclure les autres, précise Pierre Huvelle, le fondateur. C’est une sorte de droit au logement et aux relations de voisinage, en rupture avec le modèle dominant du vivre seul (chez soi ou en maison de retraite). Un agencement architectural harmonieux favorise cet équilibre délicat entre intimité et vivre ensemble. Les plus jeunes donnent un coup de main aux plus âgés, l’ouverture sur le quartier passe par des échanges de services, garde d’enfants, aide aux devoirs, organisation d’événements festifs. Le béguinage n’est pas un entre-soi fermé.

Les babayagas à Montreuil s’inscrivent dans cette philosophie, dans une version nettement plus radicale. A l’initiative de Thérèse Clerc, un groupe de femmes décide en 1997 de se construire un avenir commun et citoyen, féministe, laïque et solidaire, écologique et autogéré. Plus de quinze ans seront nécessaire pour finaliser l’opération en partenariat avec un office d’HLM. En effet les babayagas veulent rester entre elles, par cooptation, ce qui est contraire à la mission d’un office public d’HLM. Un compromis est trouvé, il y aura 4 logements pour des jeunes. Mais la dimension intergénérationnelle était absente du projet initial qui comprend aussi une centaine de mètres carrés communs. La charte de vie de l’association prévoit notamment de donner dix heures par semaine à la collectivité et organise le vivre ensemble. « Nous avons tout notre temps pour inventer des façons de bien vivre et bien vieillir avec peu d’argent » souligne Thérèse Clerc. Hélas, quinze ans c’est long, le groupe a explosé avant l’installation. D’autres femmes sont venues. Les conflits ont perduré, dix femmes sur 21 ont démissionné de l’association mais elles continuent d’habiter là. L’idéologie première semble laisser place à un pragmatisme plus tranquille… entre studios personnels et locaux agréables pour se retrouver.

Auteur: Elisabeth Pélegrin Genel

Lien: Plusieurs générations sous le même toit ? De nouvelles communautés 

Un toit éphémère? Comment investir les friches urbaines (Publié par le Huffington Post)

23 fév

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Protégés par une palissade, entraperçus par une brèche, la ville est émaillée d’interstices, de friches, de terrains vagues bâtis ou non.

Fabriques ou usines désaffectées, immeubles d’habitation vétustes aux ouvertures bouchées par des rangées de parpaings montées à la hâte, sombre histoire d’indivision, quelle que soit leur histoire, des mètres carrés disponibles se cachent derrière un mur. Des espaces immobiles, en attente. Des promesses d’autre chose. Des pauses dans l’espace trépidant de la ville. On les repère à leur végétation qui déborde. La plupart sont en attente d’une opération immobilière, qui dans le meilleur des cas prendra quelques années avant de se concrétiser. Pourquoi alors en empêcher l’accès? Pourquoi ne pas les investir sur un temps déterminé? Il sera toujours temps de les rendre à leurs propriétaires quand ceux-ci auront réussi à surmonter les nombreuses embûches réglementaires et administratives.

Chaque interstice est une aubaine, une disponibilité. Les squatteurs pratiquent déjà cette appropriation temporaire. La visée n’est pas le plaisir de s’approprier le bien -en piteux état- d’autrui mais la survie. Pour habiter, pour travailler. Les squatteurs inventent des modes de vie plus ou moins collectifs, accueillant toutes sortes de publics, dans la légalité avec l’aide des pouvoirs publics dans certains cas, ou en assumant leur situation d’occupants sans titre, s’accommodant d’un confort spartiate.

Il y a les squats de pauvreté et les squats d’activités. Tous mobilisent l’énergie et la créativité de leurs occupants. Des artistes, des architectes, des urbanistes, des habitants recyclent ainsi des lieux en déshérence et participent à la fabrication de la ville. Leur vision est politique et engagée, ils s’appuient sur des valeurs de partage et d’échanges, et nécessitent la participation active des habitants (et parfois des riverains qui se regroupent pour s’y opposer).
Les projets partent des utilisateurs pour construire du flexible, du non-déterminé, de l’imprévu. Un véritable laboratoire d’innovation, une absence de références, un mépris des recettes toutes faites, une volonté de rester en dehors des sentiers battus.

Les plus populaires restent sans doute les jardins partagés. Un exemple avec une friche parisienne de 2000 m2 dans le quartier de la Chapelle, transformée en jardin et en atelier avec des modules démontables. 80 familles s’y impliquent activement depuis plusieurs années. Lorsque la transformation de la halle Pajol commence, ECObox se structure en association et se déplace avec l’aide de la mairie sur une friche voisine. Les riverains gèrent ce jardin partagé de 400 m2, réinstallent les palettes de chantier, remplies de terre, replantent des fleurs et des plantes, organisent un compost, construisent une cabane en bois. On y trouve des parcelles et un espace de jardinage collectif, mais aussi une bibliothèque nomade sur roulettes et une cuisine mobile. La semaine, seuls les riverains (200 personnes) possèdent les clefs, le samedi c’est ouvert à tous pour des brocantes, des cantines de quartier, des manifestations. A la Belle de Mai, à Marseille, l’architecte Patrick Bouchain pilote un projet collectif avec son atelier TAUP (théâtre, architecture, urbanisme et paysage). Il veille aux respects des objectifs généraux et fait l’interface avec les utilisateurs et la municipalité. Là encore il s’agit de fabriquer de l’urbain, en évitant des démolitions, en imaginant d’autres usages, avec des personnes qui n’ont pas l’habitude de cette démarche. Par contre, la Friche de la Belle de Mai s’inscrit dans la durée et sa vocation est clairement culturelle, sans être pour autant un équipement classique, mais plutôt un quartier.

« Arrêtons de programmer et faisons confiance. Accompagnons plutôt les transformations du lieu afin qu’il réponde véritablement aux attentes et aux besoins des utilisateurs » souligne Patrick Bouchain qui demeure relativement seul dans cette voie: l’incertitude ne plaît guère à un maître d’ouvrage. Des habitants impliqués, des artistes engagés vont s’en accommoder. C’est ça la spécificité de l’interstice: accepter une bonne dose d’incertitude.

Changer la vie ou simplement survivre ? Faute d’autres lieux, les friches sont investies aussi par des SDF pour un « ici et maintenant » précaire, sans visée collective. Parfois, certains déclinent des actions plus militantes, pour obtenir le droit et la reconnaissance à être là momentanément, l’immeuble étant presque toujours en attente de démolition. Ils cherchent des subventions et en échange, accueillent d’autres collègues de misère.
Pourquoi ne pas institutionnaliser une occupation temporaire et la rendre confortable pour les milliers de personnes sans domicile. Chacun connaît les chiffres accablants du rapport annuel de la Fondation de l’Abbé Pierre.

En 2006, la proposition de l’architecte Sylvie de la Dure d’édifier des maisons modulaires en bois de façon temporaire sur des friches urbaines en attente d’urbanisation, offrant quelques logements et des locaux collectifs et associatifs, a frappé par sa simplicité: le raccordement aisé aux différents réseaux, l’échelle modeste pour ne pas risquer un rejet de la part des riverains, un habitat facilement démontable afin de rendre la friche à son propriétaire quand ce dernier entreprendra ses travaux. Curieusement, son initiative n’a pas fait école. Pourtant, on maîtrise parfaitement l’installation d’habitat temporaire et les étudiants architectes se sont emparés du sujet. Cependant, en France, l’habitat d’urgence sociale « ordinaire » fait moins recette. Les villages de toile ou fabriqués à partir de matériaux pauvres, bruts et légers restent, dans notre culture, réservés à des catastrophes lointaines, inondations ou séismes, si possible loin de chez nous. Difficile de les imaginer sur une friche urbaine ou à la sortie d’une ville entre deux boîtes d’activités commerciales.

Est-ce du aux matériaux employés ou à la terreur de voir ressurgir les bidonvilles de l’après-guerre ? Est-ce le traumatisme de l’histoire des trois petits cochons et de leurs maisonnettes en paille, en bois et en brique? Les constructions en papier ou en carton, ont une durée de vie très limitée et sont évidemment recyclables. Les mentalités ne semblent pas prêtes pour imaginer des étapes: quelques mois dans une maisonnette de carton, avant le logement définitif en dur. Quand après une inondation on installe à la va-vite des bungalows en plastique, ils s’inspirent clairement de la « vraie » maison, avec auvent un peu kitsch, porte moulurée et petits volets. Seules les bâtisses à ossature en bois qui existent depuis la nuit des temps retrouvent -timidement- une nouvelle jeunesse aujourd’hui. Une simple histoire de matériau plus ou moins à la mode ou la transcription spatiale de notre relation à l’environnement ? Affirmer haut et fort la supériorité de l’homme, s’approprier définitivement un environnement avec du « dur » pour éviter l’intrusion du loup ou réfléchir à de nouvelles cohabitations avec le loup, les petits cochons et le paysage ? La question reste ouverte.

Auteur: Elisabeth Pélegrin Genel

Lien: Un toit éphémère? Comment investir les friches urbaines 

Plantation sur les toits, futur de l’agriculture et de l’urbanisme? (Publié par le Huffington Post)

18 fév

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Après la construction de maisons sur le toit comme possibilité d’offrir des logements supplémentaires et comme source de financement pour entreprendre des travaux conséquents dans son immeuble, restons encore un moment sur les toits plats.

On y étend son linge, on y collecte l’eau de pluie et surtout on s’y retrouve dans de nombreux pays méditerranéens. Le Corbusier dans ses cités radieuses y avait placé une école maternelle, des espaces communs et une pataugeoire. Le toit comme une place publique. Certaines tours d’habitation notamment super-montparnasse à Paris ont installé une piscine au sommet du trentième étage qui sert de réservoir d’eau en cas d’incendie. On croise fréquemment un monsieur en peignoir dans l’ascenseur. Il ne descend pas acheter son pain mais monte à la piscine.

Pourtant la culture française s’intéresse peu à cette cinquième façade et c’est dommage. Elle est généralement encombrée d’édicules techniques diverses tous plus moches les uns que les autres. Parfois, on l’habille de capteurs solaires, ou des panneaux photovoltaïques. Elle n’a pas été conçue pour être utilisée et ne possède pas toujours de garde-corps conformes, son accès reste périlleux avec souvent une échelle escamotable impraticable. Et c’est dommage.

Aujourd’hui, on lui redécouvre des qualités. Pourquoi ne pas y installer des serres et des potagers ? L’agriculture urbaine a d’abord fait sourire, voire ricaner, mais c’était du temps où les fraises arrivaient directement par avion et se mangeaient en hiver, sans état d’âme. Depuis quelques années, des étudiants ou des illuminés dessinent des projets utopiques de fermes urbaines. Ils imaginent des tours futuristes avec parfois des plateaux qui tournent sur eux mêmes pour suivre la course du soleil, avec des étages de culture et d’autres d’élevage (de petits animaux, tout de même, juste des poulets ou des lapins). Ils ont peut-être simplement une longueur d’avance.

En effet, il devient urgent de changer nos habitudes et d’inventer des alternatives à la culture intensive actuelle. Une tour de 200 mètres de hauteur serait susceptible de nourrir 50 000 personnes, cela fait réfléchir.

Aujourd’hui la ferme urbaine se concrétise au travers de réalisations ça et là.En novembre 2012, la ville de Vancouver a inauguré une ferme verticale installée au dessus d’un parking. La société Local Garden produit 75 tonnes par an de légumes verts qui sont distribués dans un rayon de 10 kilomètres. Une serre de 560 m2 pour les cultures installées dans des bacs empilés sur douze étages reposant sur des convoyeurs qui permettent de donner aux plantes une même exposition à la chaleur et à la lumière. Vancouver a pour objectif de devenir la ville la plus verte du monde à l’horizon 2020 avec le doublement de ses emplois verts, une réduction d’un tiers de ses émissions de gaz à effet de serre et une augmentation de ses stocks alimentaires.

L’agriculture urbaine, à défaut d’une véritable ferme en forme de tour, se décline désormais sur les toits de n’importe quelle construction : centres commerciaux, bureaux, logements, tout est bon. On installe une isolation, une membrane étanche, un couche drainante, un sol et un milieu nutritifs (compost pur) pour les plants et le tour est joué. On peut opter aussi pour des cultures hydroponiques (milieu aqueux riche en nutriments).

Les fermes urbaines ont d’abord envahi les toits canadiens et new yorkais.Depuis 1995, par exemple, des serres situées sur le magasin Eli Zabar à Manhattan récupèrent la chaleur de la boulangerie du dessous et approvisionnent directement en légumes le rayon primeurs du supermarché. Sky Vegetables en Californie installe des cultures sur les centres commerciaux de la région. Lufa Fram au Canada a lancé en 2009 2900 m2 de cultures sur les toits d’un immeuble tertiaire et distribue plus de 3000 paniers chaque semaine.

Les bailleurs sociaux français s’y mettent. A Vitry sur Seine, dans le quartier Balzac, l’OPH a construit avec l’architecte B. Rollet 29 logements sociaux avec jardins collectifs et atelier commun au rez-de-chaussée mais aussi une serre de 44 m2 et son jardin potager de 167 m2 sur les toits. Enfin, de nombreuses associations s’activent. Le collectif Babylone porte ainsi le projet Toits vivants en France.

Il s’agit de produire local, de supprimer les circuits de distribution et donc les camions de livraison, mais aussi le stockage et la réfrigération en s’appuyant sur internet. Une révolution. On regarde les offres du jour, il faut juste accepter de manger des choux et des poireaux l’hiver et des tomates et des fraises l’été, on commande son panier et on vient le chercher. Les premières expérimentations montrent que la production n’est pas plus polluée que celle issue de l’agriculture traditionnelle. Enfin, les toitures vertes jouent un rôle sur le climat et font baisser les pics de chaleur.

L’engouement pour une agriculture proche des consommateurs est tel qu’elle envahit aussi les rez-de-chaussée des villes. Les friches, les talus des chemins de fer, mais aussi l’espace public. On voit fleurir à l’initiative des « incroyables comestibles » un mouvement venu de Grande Bretagne des jardins potagers « publics » dans des bacs ou des palettes recyclées un peu partout. Les habitants sont invités à les cultiver et à se servir. La nourriture est « à partager ». Les ronds-points, par exemple, offrent de belles surfaces cultivables. La France en compterait plus de 40 000…. Leur rayon varie de 3 à 15 mètres. Faite le calcul de surface comestible !

Les parcs et jardins ont toujours fait partie de la ville, et le potager ou la campagne n’était jamais loin. Aujourd’hui c’est différent. Les habitants regroupés en associations s’opposent souvent à des projets de construction et réclament à la place des espaces verts pour respirer. Mais leur regard change : ils apprécient de plus en plus des jardins plus familiers et familiaux avec des potagers collectifs. Après les maraîchers, toujours menacés, qui développent des circuits courts de distribution (les amap, association pour le maintien d’une agriculture paysanne) en initiant cette fameuse relation directe avec le client, qui est bien dans l’air du temps, on envisage un avenir encore plus local et des pratiques de consommation plus participatives. Avoir le plaisir de consommer des carottes qui proviennent du toit d’à côté mais aussi, pourquoi pas, apprendre à les cultiver et pouvoir montrer à ces enfants que les poireaux ne poussent pas au supermarché mais juste au dessus sur le toit.

Auteur: Elisabeth Pélegrin Genel

Lien: Plantation sur les toits, futur de l’agriculture et de l’urbanisme?

Urbanisme: la ville de demain se construira sur nos toits (Publié par le Huffington Post)

16 fév

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Dans quelques dizaines d’années, 90 % de la population française sera urbaine. Cette urbanisation dynamique ne peut plus se faire en grignotant sans état d’âme les terres agricoles. Aujourd’hui c’est l’équivalent d’un département de terres considérées à tort comme vierges, qui disparaît tous les dix ans au profit de routes, parkings, centres commerciaux et logements. Qu’on le veuille ou non, la ville doit rester dans ses limites et se reconstruire sur elle-même pour accueillir de nouveaux habitants et de nouvelles activités. Seule solution la densification, un mot qui fait peur. Est-il possible de densifier la ville sans agiter le chiffon rouge des tours ? Parlons plutôt de mutualisation et de nouveaux partages des espaces, ça fait moins peur. Et partons explorer ensemble d’autres hypothèses. En prenant au pied de la lettre cette belle expression de « refaire la ville sur la ville », qui date des années 70 et hante depuis les colloques d’urbanisme.

Première séquence : Construire des maisons sur les toits

Quasiment toutes les villes comportent des immeubles de logements collectifs banals, sans qualité, à la toiture plate. Situés au départ au pourtour du centre, la cité et ses réseaux de transport les ont englobé, valorisant ainsi leur localisation. Leur valeur patrimoniale est potentiellement élevée malgré un état souvent très moyen pour ne pas dire médiocre.

Ces copropriétés construites juste après guerre présentent des typologies simples, parallèpipédes ou cubes, souvent sans balcons ni confort particulier et se révèlent de véritables passoires thermiques. Elles auraient besoin de travaux d’envergure pour les remettre aux normes actuelles environnementales et réglementaires, tant au niveau des appartements que des parties communes. Ces travaux supposent un budget conséquent que peu de copropriétaires sont capables d’assumer.

Parallèlement l’offre de logements collectifs est insuffisante. La demande existe. Ne pourrait-on pas conjuguer ces deux aspects ? Comment trouver le financement pour revaloriser un patrimoine fortement dégradé, rénover la chaufferie ou améliorer le confort et cela sans augmenter ses charges ? La solution est peut-être du côté de la surélévation. En effet en construisant un étage supplémentaire ou en édifiant des maisons sur le toit, les copropriétaires se retrouvent à la tête de mètres carrés qu’ils peuvent vendre au prix du marché. En créant des millièmes supplémentaires, non seulement ils font mécaniquement baisser leurs charges mais ils bénéficient d’un apport d’argent pour financer leurs propres travaux. Vu l’emplacement désormais « en ville », ils peuvent en tirer une coquette somme. L’objectif, en effet, est de requalifier globalement leur immeuble d’abord sur le plan de l’usage (changement de fenêtres et de chaudière, créations éventuelles de balcons, de surfaces complémentaires, de locaux vélos et poussettes, installation d’un ascenseur etc.) et ensuite d’en faire un bâtiment exemplaire sur le plan énergétique. La valeur verte, ça existe.

Le gisement est énorme. Plusieurs équipes travaillant sur le grand Paris ont proposé cette piste. Michel Cantal -Dupart avec Jean Nouvel et Jean-Marie Dutilleul ont commencé un premier recensement : sur douze rues parisiennes étudiées, la capacité serait de plus de 400 000 m2. L’équipe précise que raisonnablement la réalisation d’environ 10 % soit 40 000 m2 est envisageable.

Il s’agit de changer de cadre sans déménager et sans se ruiner, de revaloriser durablement son patrimoine. Une opération simple ? Hélas non.

Il faut un certain goût de l’aventure pour se lancer car les obstacles sont nombreux. Les aspects techniques sont complexes mais pas insurmontables. Une des solutions les plus simples est d’entourer la construction avec une résille pérenne en bois ou en métal, une sorte d’échafaudage relooké : La résille permettra non seulement de réaliser par l’extérieur les travaux d’isolation et de changement de fenêtres, n’oublions pas que l’immeuble est occupé et qu’il faut minimiser les nuisances d’un chantier, mais aussi d’effectuer facilement le ravalement obligatoire tous les dix ans et surtout d’adjoindre des balcons, serres et vérandas devant chaque appartement existant, pour un nouveau plaisir d’habiter. Cerise sur le gâteau, cet échafaudage pourra supporter le poids des maisons sur le toit. On ne touchera pas ainsi à la structure de l’existant. Pour la construction, le choix se portera sur des maisons préfabriquées en bois pour la légèreté de ce matériau et la facilité à le mettre en œuvre. Un simple engin de levage permettra de monter les éléments en 2D ou en 3D sur le toit et de les assembler ensuite en quelques jours. Ainsi par exemple, une copropriété de 30 logements passerait à 33 logements.

Les obstacles naissent de la démarche même : le conseil syndical ou le syndicat des copropriétaires ne sont pas des promoteurs. Ils n’y connaissent rien, ne peuvent pas s’improviser architectes, ingénieurs ou banquiers et ne font pas confiance à leur syndic, une des professions les plus mal aimées des français.

Le montage financier reste extraordinairement complexe : faut-il assurer l’opération soi-même, déléguer le projet à un promoteur ou un investisseur qui prendra au passage sa marge ? Faudra-t-il que la copropriété avance de l’argent ? Qui va accepter d’assurer le risque inhérent à tout projet ?

Les obstacles réglementaires, le droit de surélever, le droit d’épaissir un bâtiment étaient majeurs mais ils devraient s’alléger avec la loi Alur votée tout récemment qui encourage ce genre d’initiatives.

Le verrou central réside dans l’adhésion des copropriétaires à ce type de projet. Le fonctionnement même d’une copropriété avec son assemblée générale annuelle, sa faible trésorerie et son sentiment d’être en permanence étranglé par les charges ne facilitent guère la prise de décision. Les habitants se vivent rarement comme un collectif et ne s’intéressent guère à la gestion de leur copropriété. Les réunions sont un véritable pensum, une source d’inspiration pour les romanciers et une épreuve pour les autres.

Jusqu’à maintenant l’accord de tous les copropriétaires du dernier étage était nécessaire pour avoir le droit de surélever. Une seule voix contre, et tout le dispositif était remis en question. Avec la loi Alur, la majorité simple sera suffisante.

Pour l’instant, des réalisations sur ce modèle ont vu le jour pour des résidences secondaires en montagne. Les occupants (occasionnels et plutôt aisés) ont vite compris que leurs résidences vieillissantes des années 60 dans un climat rigoureux étaient un gouffre en matière de chauffage. Il était urgent de trouver une solution pour maîtriser les charges et rendre l’addition indolore. C’est un premier pas.

Des projets sont actuellement à l’étude avec des copropriétés ordinaires. Mais les chantiers tardent à démarrer. On le comprend : Un nouveau métier de gestionnaire-constructeur en copropriétés privées est à inventer. Des associations, notamment la plus dynamique Planète Surélévation (www.planete-surelevation.com) en rassemblant toutes les compétences nécessaires à l’élaboration et à la réalisation du projet ouvre la voie : Architectes, géomètres, avocats, banquiers, assureurs, syndics de copropriété unissent leurs efforts pour mener à bien des opérations ambitieuses. Ils ont du mal mais ils persévèrent…. Parions que dans quelques années, cette piste pour offrir de nouveaux appartements et donc une densification douce et requalifier des immeubles « sans qualité », paraîtra banale.

Elisabeth Pélegrin Genel

Lien: Urbanisme, la ville de demain se construira sur nos toits (Huffington Post)

 

Regards croisés sur les espaces de travail

29 nov

Quatre membres de l’association AMO, (Architecture et Maîtres d’Ouvrage), maître d’ouvrage, Olivier Herbemont, architectes, Elisabeth Pélegrin-Genel et Jean-Marc Sandrolini, et éditeur de mobilier, Isabelle de Pontifilly, confrontent leur point de vue – forcément différent- sur les aménagements tertiaires actuels et réfléchissent ensemble aux questions à se poser lors de l’élaboration d’un projet d’espaces de travail.
Comment imaginer le bureau de demain et d’après demain ? Quelles questions se poser lors de l’élaboration d’un programme ? Comment se repérer au milieu de nombreux concepts d’aménagement ? Comment s’y prendre pour aménager des lieux de travail confortables, performants et efficaces qui contribuent au travail ? L’avenir est-il du côté des univers ludiques et décoiffants qui remplissent les pages des magazines ? C’est quoi l’essence même d’un lieu de travail ? Comment associer les utilisateurs à un projet ?
L’objectif était de produire un document écrit à huit mains qui soulève des points peut-être pas assez mis en débat, comme les effets de l’espace ouvert sur le travail et sur les personnes, ou la conduite du changement et les relations avec les utilisateurs lors du projet, de préciser des notions plus « banales » telles le confort ou la performance et de tenter un décryptage des modes de travail de demain à partir des évolutions récentes du « bureau ».
On peut se procurer le document auprès d’AMO (info [at] amo.asso.fr).

Lutter contre les discriminations ethno-raciales via les territoires : un « équivalent fonctionnel » efficace ?

15 oct

Les politiques territoriales françaises ont, depuis trente ans, constitué des instruments indirects de lutte contre les discriminations ethno-raciales. L’axiome de neutralité Républicain prohibant toute « distinction d’origine, de race ou de religion [1] » dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques, les territoires se sont progressivement imposés comme des « équivalents fonctionnels [2] » permettant d’agir en faveur des minorités sans que cela soit leur but explicite. En instaurant en catégorie d’action publique des quartiers où vit une importante population issue de l’immigration –quartiers généralement marqués par une importante diversité ethnique et socio-culturelle – les politiques territoriales permettent d’intervenir sur les questions ethno-raciales tout en restant fidèle à l’axiome républicain de « neutralité ». Ces politiques territoriales ont connu un fort soutien dont témoigne l’explosion du nombre de quartiers sélectionnés dans le cadre du programme de Développement Social des Quartiers (22 en 1981, 170 en 1984, plus de 400 en 1989 et 1600 en 2000) puis la définition en 1996 de 751 Zones Urbaines Sensibles (comprenant 416 zones de redynamisation urbaine) et 85 zones Franches Urbaines, et généré d’indéniables réussites dans de nombreux quartiers [3]. Cependant l’interdiction des statistiques ethniques ne permet pas d’évaluer précisément l’impact de ces mesures sur les discriminations raciales.  Au delà de cette difficulté, « l’arrimage territorial [4]» de la lutte contre les discriminations en France comporte d’indéniables limites.

Tout d’abord, quelles caractéristiques faire prévaloir dans le choix des territoires faisant l’objet de « discrimination positive territoriale [5]»? En 1991 une définition des ces territoires pouvant faire l’objet de ces politiques territoriales a été élaborée par l’INSEE, et les trois critères sélectionnés pour les définir désignaient finalement des caractéristiques de leurs habitants : « jeunes de moins de 25 ans », « chômage durable » et « étrangers ». D’autres indicateurs ont été élaborés par la suite, mais tous indiquent la même chose : le territoire n’est pas un objet neutre, mais comporte une dimension indéniablement politique reflétée dans les critères sélectionnés, et ne peut se penser sans le contexte culturel, historique et social dans lequel il s’inscrit. Malgré l’existence de ces indicateurs une certaine opacité dans le choix des territoires est souvent dénoncée : l’absence d’accompagnement dans l’interprétation et la codification des indicateurs a favorisé l’émergence d’une situation où il n’existe pas de « quartier type [6]» pour la discrimination positive territoriale.

Par ailleurs, la principale limite de cet arrimage territorial de la lutte contre les discriminations en France semble tenir, comme l’indique Patrick Simon [7], au fait que les mécanismes sous-tendant les discriminations ne se forment pas sur une base territoriale, mais sur des conventions et pratiques sociales ou culturelles. On s’attaquerait donc au symptôme mais les raisons de fond, elles, perdureraient.

Enfin, la « mixité urbaine », fer de lance de la Politique de la Ville dont l’objectif est de faire des territoires qui en font l’objet des quartiers « ordinaires » en favorisant la mixité sociale et culturelle de leurs habitants, donne la priorité à l’homogénéisation des territoires sur la promotion d’opportunités égales entre individus de toutes origines. La ségrégation se voit souvent déplacée à une plus petite échelle, la « proximité spatiale », on le sait, n’étant pas nécessairement synonyme de proximité sociale [8].

Ces raisons mettent en évidence le besoin de trouver un nouvel équilibre entre dynamiques territoriales et raciales dans la lutte contre les discriminations, tout en restant fidèle à l’axiome de neutralité républicaine dans la mise en œuvre de politiques publiques. Il semble que la solution ne réside ni dans le choix d’une approche aveugle aux questions ethniques, ni dans une stratégie de mise en œuvre de politiques de discrimination positive. Dans un contexte où la question des discriminations raciales est au centre des débats politiques et sociaux, le développement d’une plus grande connaissance et recherche sur l’ethnicité se montre de plus en plus urgent, « un arrimage territorial ne pouvant faire sens que lorsqu’une « représentation critique de la population ciblée » [9] existe. Au delà de l’existence de statistiques ethniques, c’est leur utilisation qui pose de nombreuses questions, et celle-ci doit être encadrée. Tant que les « catégories d’analyse et d’évaluation ne sont pas asservies aux catégories d’action [10]» l’élargissement des dérogations – 9 actuellement – existant sur le principe de traitement des données sensibles, ainsi que le développement de la recherche sur l’ethnicité en France seraient un premier pas vers une nouvelle façon d’aborder la question de la lutte contre les discriminations. Si l’ignorance de l’origine ethnique sera toujours de mise dans la mise en œuvre de toute politique publique, cette ignorance sera – tout du moins – bien informée.

 

Margaux Salmon

 


[1] Article 1 de la Constitution de la Ve République

[2] Sabbagh, D. (2002) : « Universités Américaines : la fin des préférences raciales ? », in Critique Internationale, n° 17, Octobre

[3] Doytcheva, M. (2008) : « Lutter contre les discriminations en France : un arrimage territorial ? », in Diversité VEI, n°155, Décembre

[4] Doytcheva, M., op.cit.

[5] Kirszbaum, T. (2004) : « La discrimination positive territoriale : de l’égalité des chances à la mixité urbaine », in Pouvoirs, n°111, pp 101-118

[6] Estèbe, P. (1999) : L’usage des quartiers : action publique et géographie dans la politique de la ville 1989-1998, Paris, L’Harmattan

[7] Simon, P. (2000) : « Les jeunes issus de l’immigration se cachent pour vieillir », in VEI Enjeux, n°121, Juin

[8] Chamboredon, J.C., Lemaire, M. (1970) : « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », in Revue Française de Sociologie, Vol 11 (1), pp3-33

[9] Van Gent, W., Musterd, S., and Ostendorf, W. (2009) : « Disentangling Neighbourhood Problems : Area-Based Interventions in Western European Cities », in Urban Research and Practice, Vol 2(1), pp 53-67

[10] COMEDD (2010), Inégalités et discriminations – pour un usage critique et responsable de l’outil statistique, Rapport du Comité pour la Mesure et l’Evaluation des Discriminations, 5 Février

La lecon de Koolhaas est-elle liberatoire ?

15 juil

En clamant haut et fort « Fuck the Context » Koolhaas choque, révolte, mais  innove. Par cette simple phrase, il bouleverse l’ordre établi  et renverse les fondamentaux de l’architecture moderne. Brusquement le monde des architectes prend conscience que l’architecture s’est affranchie des préceptes et des règles du mouvement moderne. La forme ne suit plus la fonction, les façades ne révèlent plus l’intérieur, la fenêtre n’est plus seulement en longueur, l’architecture n’est plus contextuelle. Le Corbusier au placard! Le mouvement moderne et ses adeptes deviennent soudain affreusement poussiéreux. Un vent de liberté souffle dans les concours, des formes libres polymorphiques issues du calcul informatique apparaissent. Les cartes sont rebattues, on peut maintenant travailler, autrement, sans principes, VIVA LA REVOLUTION !

Fuck the Context! La « non-architecture » est née.

 

Sans titre

 

A photograph of Rem Koolhaas’s new Central Library in Seattle

by Herbert MUSCHAMP – May 16, 2004

En diffusant en masse une vision architecturale émancipée de son environnement contextuel, l’architecte hollandais révèle un espace architectural affranchi qui existe autrement. Libérée de ses principes modernes, la non-architecture a pris soudainement conscience de son indépendance et s’est ouverte à la mondialisation. L’architecte n’est plus là pour contrarier, sauvegarder, défendre, imposer, restreindre, mais pour produire à grande vitesse, une architecture consumériste et consommable. L’architecture n’a plus seulement un coût, elle devient industrielle, rentable et crée de la richesse. La «non-architecture » devient une image, une réclame ou une œuvre expression d’un moi artistique. Dans tous les cas, elle s’affiche comme un produit d’investissement capitaliste susceptible d’intéresser le monde de la finance.

Koolhaas a dévoilé l’utopie involontaire du mouvement moderne face à la spéculation foncière. Il a révélé le proliférant espace XXL et l’importun « JUNKSPACE ». L’Espace est devenu vide, insignifiant, technique, malléable, extensible ou rétractable. Il naît au gré des financements, s’adapte à la surpopulation et à l’accroissement des normes. Apparaissent ainsi des « star-architectes », gourous d’une architecture-image mensongère, qui produisent à outrance, sans limites, une « MAC – Architecture » à l’échelle planétaire. Perspectives et plans immatériels, fabriqués à la limite de la surchauffe des processeurs,  sont ainsi injectés quotidiennement dans le réseau numérique mondial. S’en suivent des Km2 d’une « Big City Koolhassienne» bien réelle construite sous l’emprise d’un shoot architectural savamment orchestré et entretenu par les plus grands dealers d’espace au monde.

Koolhaas nous a révélé la tentaculaire « Bigness », « out of control moment» ou les quartiers deviennent des villes et où la ville devient mégapole.

Aujourd’hui, ou l’architecte théoricien est en passe de devenir un mythe. La « non-architecture » est partout: en Asie, aux Etats Unis, en Amérique latine, en Europe. Partout, même là ou il n’y a pas d’argent !

Bidonvilles et favelas sont l’illustration d’une auto-construction colonisatrice.

 

Sans titre

 

Novatrices, révoltantes, terrorisantes et fascinantes, … Les théories développées par Koolhaas, et c’est peut-être là son génie, ont dévoilé la monstruosité de la « Bigness », mégapole tentaculaire et anonyme qui ne doit son existence qu’à l’instinct de survie de la pauvreté, l’avidité de la spéculation financière et le perpétuel consumérisme d’habitants toujours plus nombreux.

La mégapole engendre un nouveau type de commande, sa commande, notre commande, ou l’immédiateté est de mise.

Le cri de Rem Koolhaas est-il salvateur ?

La non-architecture crée t ‘elle l’architecture ?

Auteur: Jean-Luc Chassais architecte Vice Président d’ARCHINOV

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« Mais en dépit de ce nom stupide, la Bigness représente bel et bien un champ théorique de cette fin de siècle* : dans un paysage de désarroi, de désassemblage, de dissociation, de reniement, l’attraction de la Bigness réside dans son pouvoir de reconstruire le Tout, de ressusciter le Réel, de réinventer le collectif, de revendiquer la possibilité maximale.

C’est seulement grâce à la Bigness que l’architecture peut se dissocier des mouvements artisitiques/idéologiques épuisés que sont le modernisme et le formalisme, pour reconquérir sa fonction de véhicule de la modernisation.

La Bigness admet que l’architecture telle que nous la connaissons est en difficulté, mais ne cherche pas à compenser cette difficulté en régurgitant toujours plus d’architecture. Elle propose une nouvelle économie, dans laquelle « tout n’est plus architecture », mais ou l’on peut regagner une position stratégique en battant en retraite et en se concentrant, tout en cédant le reste du champ de bataille aux forces ennemies.

La Bigness détruit, mais constitue aussi un nouveau départ. Elle peut reconstituer ce qu’elle casse. »

Rem KOOLHAAS – Junkspace – ed. Manuels Payot – 2011

 

A propos des normes et règlements « handicapés »

21 avr

Près de 12 millions de Français sont concernés par le handicap,  de la simple déficience au handicap lourd. On estime que 1,5 millions de personnes ont des difficultés à accéder à leur logement ou à certaines pièces de celui-ci et 0,5 million y seraient confinées. A chaque situation de handicap correspondent des modes de vie et des besoins différents qui ne sont pas forcément pris en compte dans la loi actuelle du 11 février 2005.

L’arsenal législatif existe mais chacun peut constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Il n’est pas sûr que les moyens mis en œuvre soient les bons. Et si le problème était mal posé ? Il ne s’agit pas de laisser sur le bord une population plus fragile mais de prendre le problème autrement. Les architectes sont en première ligne, leur métier est de fabriquer de la qualité d’usage, dans un engagement et une responsabilité sociale assumée, avec l’obligation de respecter les lois, normes et règlements. Or, en particulier dans le logement, ils ne sont pas satisfaits de ce qu’ils produisent en appliquant la loi sur l’accessibilité et ils le disent, notamment dans un rapport remis à la DHUP en 2012 rédigé par E. Colboc et C. Charpentier.

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