Carte Blanche à ARCHITECTURE JUNG le 19 mars 2019

21 mar

CARTE BLANCHE à l’AGENCE JUNG ARCHITECTURE « Petites aventures architecturales » le 19 MARS 2019

 

Nous avons présenté Frédéric Jung comme un architecte discret, ce qu’il ne réfute pas.
Frédéric Jung considère que l’architecture tient plus du témoignage que du propos idéologique et se définit comme un praticien, presque un artisan dans sa pratique de l’architecture.
Il est un homme de terrain assurément, un homme d’écoute aussi pour qui les relations humaines importent tout autant que les lieux et les programmes.

C’est le tissage subtil de l’ensemble qui forme le projet, l’agence a à cœur de composer avec l’histoire d’un lieu, à la recherche des traces non seulement du bâtiment et de son environnement, mais aussi des évènements et même des anecdotes qui s’y rapportent, nuançant ainsi les programmes et les réponses qui y sont apportées.
À commencer par les tout premiers projets individuels, déjà porteurs des quêtes et obsessions de l’architecte.

Le Musée de la Parfumerie à Grasse reflète très bien cette approche.
La découverte d’un mur un peu massif imbriqué dans une juxtaposition de bâtiments de différentes époques a d’abord intrigué l’architecte et ce qui fut l’intuition de l’existence d’un mur d’enceinte fortifié sur laquelle fut basée toute l’étude du concours, est devenue une vrai découverte, le cœur du projet architectural et scénographique du musée. Car la scénographie est traitée en interne, en dialogue constant avec les réponses architecturales.
Ce mur d’une épaisseur de 2,00 m révélé en une haute et longue faille, avec ses traces, ses cicatrices et sa texture de moëllons, se prête à merveille à la mise en place des alambics immenses, à la pénétration de la lumière naturelle sur l’ensemble des niveaux d’exposition étagés suivant le dénivelé de la ville.

La restructuration des anciens Magasins généraux à Pantin obéit à ces mêmes préoccupations.
Ce bâtiment, menacé de destruction, a abrité bon nombre de tagueurs avant de devenir l’immeuble de bureaux de BETC, selon la très forte volonté de son dirigeant, qui commande là son 3èmeimmeuble de bureau à l’agence Jung. La cohérence du projet trouve aussi sa source dans cette connaissance, cette fidélité du Maître d’Ouvrage et la qualité qui en découle.
Avant toute intervention, les tags ont été repérés, archivés et certains conservés.
Si la démolition nécessaire à toute reconversion ou réhabilitation ne se fait pas sans remords, elle fait partie intégrante de l’acte de construire, c’est véritablement un acte de conception qui permet de développer des projets hors normes.
Ce type de reconversion a un intérêt non pas seulement pour l’image, ce n’est pas une forme de coquetterie, voire de Landmark, mais est un moyen d’apporter une nouvelle réponse au monde du travail, aux nouveaux enjeux de l’acte de travailler, particulièrement dans le domaine de la création pour ce qui concerne ce projet, mais pas seulement.
Les grandes hauteurs de plafond (plutôt que le 2,70 m normatif), les planchers avec des possibilités de charge énormes, les larges ouvertures etc. ont permis de créer un espace de travail requalifié.
Ce programme n’aurait bien sûr pas pu avoir une telle envergure dans un immeuble de bureaux standard.
La reconversion c’est aussi la reconsidération de ce qui existe et par extension des usages qui en seront faits.
Le dernier projet présenté, le Musée de la Poste est en cours d’achèvement, Frédéric Jung s’est intéressé à la façade de Robert Juvin sculpteur, conservée et rénovée, il a été décidé de mettre sa face arrière en valeur après sa découverte en cours de démolition.
Là encore une faille, étroite, d’une verticalité ahurissante, qui était pratiquement pré existante et dont l’agence a tiré un parti scénographique.
Nous le visiterons très bientôt !

Dom Palatchi

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